La vie de Pablo Casals avant son arrivée à Prades
LA VIE DE PABLO CASALS
Les racines catalanes de Pablo Casals.
Son père, Carlos (1852-1906), était originaire de Barcelone et vint s’installer dans la petite ville de Vendrell à 70 kilomètres de la Capitale de la Catalogne. Sa mère, Pilar (1853-1931), était née à Mayagüez sur l’Ile de Porto-Rico. Elle était la descendante d’une bonne famille de souche catalane venue habiter cette île dans les années 1840. Bien que vivant dans un riche milieu colonial, le grand-père maternel de Pablo Casals était un libéral qui lutta toute sa vie contre la domination autocratique de l’Espagne sur l’île. Excédé par ces pratiques et victime d’affaires malheureuses, le vieil homme et plus tard son fils préférèrent mettre fin à leurs jours. La grand-mère et sa fille, âgée de 18 ans, vinrent se réfugier alors à Vendrell chez des parents.
Pilar, comme toutes les demoiselles de bonne famille de Vendrell, prenait des cours de piano auprès de Carlos Casals, l’organiste de l’église Santa Anna. La rencontre allait bien vite aboutir à un mariage. Le jeune couple s’installa dans une maison de la Calle Santa Anna, non loin de l’église. Au premier étage, Carlos donnait des cours particuliers de musique, il jouait également de l’harmonium dans un petit orchestre itinérant qui se produisait de village en village. Les jeunes mariés perdirent un premier enfant et furent fous de bonheur à la naissance de Pablo, le 29 décembre 1876. Ils avaient décidé de lui donner un prénom espagnol "Pablo", c’est plus tard que le musicien adopta la version catalane de ce prénom "Pau".
Pilar donna le jour à 11 enfants, 3 survécurent. Les premiers souvenirs de Pablo furent liés à la mer. En effet, ses parents avaient pris l’habitude de conduire leurs enfants à la plage, à l’ermitage de Sant Salvador, à 5 kilomètres de chez eux.
Les parents du jeune Pablo se rendirent rapidement compte qu'il possédait un réel talent musical. Personne n’en fut étonné. Avec un père professeur de musique, il baignait depuis sa naissance dans un univers musical. A l’âge de 5 ans, il fut admis comme second soprano à l’église de Vendrell. Puis son père lui enseigna le piano, le violon et la composition. Une de ses grandes joies d’enfant fut d’être assez grand pour atteindre les pédales de l’orgue de l’église Santa Anna et de pouvoir jouer lorsque son père était malade.
Le violoncelle.
L’année de ses 11 ans, Pablo connut sa première révélation : un trio venu donner un concert dans la salle du Centre catholique de Vendrell. Josep Garcia, professeur au Conservatoire de musique de Barcelone, jouait du violoncelle. Pablo s’enthousiasma et dit à son père : "C’est l’instrument le plus beau que j’aie jamais entendu. C’est celui dont je veux jouer". Mais Carlos avait pour lui d’autres projets. Il avait demandé à un menuisier de le prendre en apprentissage.
Pilar, consciente du talent de son fils ne put accepter cela. Elle décida, l’année suivante, de l’accompagner à Barcelone pour qu’il apprenne à jouer du violoncelle. Là, il fut inscrit dans la classe de Josep Garcia. Pour gagner un peu d’argent il jouait tous les soirs dans le Café Tost situé dans un faubourg de la ville. Un jour, accompagné par Monsieur Tost son employeur, il assista à un concert de Richard Strauss.
Toute le journée, Pablo étudiait au Conservatoire. Le soir, il jouait de la musique et quand il avait du temps libre, il l’occupait à perfectionner sa technique au violoncelle. Durant l’été, il reprit la tradition paternelle et se fit engager dans un orchestre itinérant.
Le choc "Bach".
Monsieur Tost demanda à Pablo Casals de donner chaque dimanche un petit concert classique. Afin d’assurer cette prestation, son père alla souvent à Barcelone accompagner son fils pour trouver des partitions. Un jour, Pablo découvrit par hasard les Six Suites de J.S. Bach dans une pile de papiers poussiéreux. Il les travailla pendant 12 ans avant d’oser les jouer en public. "Au fur et à mesure que je poursuivais l’étude des Suites, un monde inconnu de grandeur et de beauté s’ouvrait devant mes yeux. Les émotions que j’ai éprouvées au cours de ce long travail comptent parmi les plus pures et les plus intenses de ma vie d’artiste".
A cette même époque, le musicien catalan, Isaac Albéniz entendit parler "d’el nen", cet enfant qui jouait si bien du violoncelle. Il vint l’écouter au Café Tost et dès la fin du concert se précipita pour l’embrasser. Afin de l’aider, il rédigea une lettre de recommandation destinée au Comte de Morphy, musicien et ami des arts et surtout secrétaire personnel de la Reine d’Espagne Marie-Christine. Mais l’heure n’avait pas encore sonné, Pablo devait terminer ses études à Barcelone.
Des relations royales.
Une fois son diplôme en poche, il était alors âgé de 17 ans, sa mère l’accompagna à Madrid et utilisa la lettre de recommandation auprès du Comte de Morphy. Ce dernier l’écouta jouer et décida très rapidement de le prendre sous son aile.
Il lui fit faire ses premiers pas dans le grand monde et le fit jouer devant l’Infante Isabelle qui était la sœur d’Alphonse XIII . Peu de temps après, ce fut devant Marie-Christine qu’il se produisit. Cette dernière, enthousiaste, lui accorda une rente mensuelle qui lui permit de s’installer à Madrid avec sa mère et ses deux petits frères Lluis et Enric.
De protecteur, le comte de Morphy devint comme un père d’adoption. Il le conseilla dans ses lectures, l’envoya se cultiver au musée du Prado et même assister aux séances des Cortes. A chaque sortie, le jeune Pablo devait rédiger un compte-rendu de ses activités. Pablo Casals fréquenta la famille royale et se lia d’amitié avec le futur Roi Alphonse XIII dont le précepteur n’était autre que le Comte de Morphy.
Après 3 ans d’études au conservatoire de Madrid, Pablo Casals avait fait le tour des enseignements proposés. Le Comte de Morphy l’encouragea à étudier à Bruxelles dont le conservatoire avait la réputation d’être le meilleur du monde pour les instruments à cordes.
Mais il ne s’entendit pas avec son professeur, perdit sa bourse royale et échoua à Paris où il joua dans l’orchestre des Folies Marigny. Malade, il se replia sur Barcelone et se retrouva au poste de Josep Garcia son premier professeur.
Au cours d’une tournée au Portugal, il fut invité à jouer au Palais royal par le Roi Carlos et la Reine Amélie, il a 22 ans. Puis il retourna à Paris et se présenta, avec une recommandation du Comte de Morphy, à M. Lamoureux, directeur des concerts Lamoureux. Ce dernier le fit jouer et dès le premier concert, il connut un succès considérable.
Paris et les tournées internationales
Lorsque le comte de Morphy mourut, Pablo Casals était déjà sur les rails de la gloire. Il emménagea dans la Villa Molitor à Auteuil et enchaîna les tournées à un rythme rapide. Il fréquentait les salons à la mode et se lia d’amitié avec Gabriel Fauré, Camille Saint Saëns, Maurice Ravel et Henri Bergson. Il se rangea dans le camp des "dreyfusards", car disait-il, " J’ai toujours été pour les victimes des injustices et des persécutions".
A Londres, il rencontra Hans Richter et établit des relations avec lui. Ses tournées le conduisirent dans tous les pays du monde, il était sans cesse dans un train ou sur un paquebot. Il faisait partie de la "high society" internationale et fréquentait dans chaque pays qu’il visitait les personnalités marquantes dans le domaine des arts.
Il forma un prestigieux trio avec Alfred Cortot et Jacques Thibaud et débuta une longue amitié qui dura des dizaines d’années avec le pianiste Mieczyslaw Horszowski.
En Russie, il fréquenta Rimsky-Korsakov, Scriabine et joua souvent sous la direction de Rachmaninov. Au tout début du siècle, lors d’un concert à Bruxelles, pendant l’entracte, la Reine Elisabeth de Belgique le fit demander dans sa loge et ainsi débuta une longue amitié avec le couple royal formé par Albert et la Reine Elisabeth.
Quelques années plus tard, l’Europe puis le monde sombrèrent dans la 2ème Guerre mondiale qui allait durer 5 ans. Pablo Casals alla vivre à New York et donna des concerts partout aux Etats-Unis. Il était alors au sommet de sa gloire.
Barcelone et l’exil
En 1919, Pablo Casals avait entamé une nouvelle étape de sa carrière à Barcelone. Il avait décidé de se faire appeler "Pau Casals", et lorsqu’il fonda son orchestre il le dénomma "Orquestra Pau Casals". Il voulait redynamiser la vie musicale de la capitale catalane. Il avait embauché des musiciens et défini des objectifs : " Ma première préoccupation était de créer une atmosphère de ferveur artistique, d’éveiller ou de renforcer en chacun d’eux le sens de la responsabilité, d’obtenir d’eux un rendement maximun, de façon que tout un chacun se sente pour ainsi dire un soliste". L’entreprise n’était pas toujours rentable, mais Pablo Casals renflouait la caisse avec sa fortune personnelle. Il s’était entouré d’amis fidèles pour gérer l’orchestre, dont Felip Capdevila et son épouse Francesca. Il se fit construire une belle maison sur la plage de son enfance, à Sant Salvador où il passa toutes les vacances d'été.
L’Espagne commençait à connaître des troubles sociaux et Pablo Casals se souciait de ces problèmes. Il créa à Barcelone " L’Associació Obrera de Concerts" ( L’Association ouvrière de concerts ) qui connut un immense succès ; près de 2 500 ouvriers se pressaient à chaque concert.
Puis 1936, la tragédie de la guerre civile éclata en Espagne. Pablo Casals dut quitter son pays. Il trouva refuge à Paris, chez un ancien élève, Maurice Eisenberg.
En 1939, sur les conseils d’un ami catalan, il vint s’installer à Prades, petite ville au pied du mont Canigou en Catalogne française.
(Texte extrait de la plaquette réalisée par le "Midi Libre" pages 2 et 3).
Version française








