Les années Prades de Pablo Casals
L'arrivée à Prades
Au printemps 1939, Pablo Casals arrive à Prades et prend une chambre au Grand Hôtel. Quand il ouvre sa fenêtre côté sud, il découvre ému son Canigou, la montagne des Catalans, celle qu’il voyait de l’autre côté de la frontière chantée par son cher poète Verdaguer.
Quelque temps après, sa chambre de Prades devient le bureau d’aide aux réfugiés espagnols. Casals les visite aux camps du Boulou, de Rivesaltes, d’Argelès. La vision qu’il en rapporte « tient de l’enfer de Dante » confie-t-il. Casals se démène avec tous ses amis. Pour leur venir en aide, il donne des concerts à travers l’Europe, mais la France entre en guerre et bientôt, c'est la défaite de 1940. Casals veut gagner le Portugal mais à Bordeaux, il n’y a plus de bateau.
Il décide de rentrer et de ne plus bouger de Prades quoi qu’il arrive. Il continue d’aider les réfugiés, donne quelques concerts à Perpignan, à Marseille, à Lyon, à Cannes, à Montpellier, mais refuse de collaborer avec les autorités de Vichy bien que l’armée allemande occupe la zone sud. Il s’installe dans la maison des Salettes, puis Villa Colette et enfin dans la maison des gardiens du Val Roc. Malgré le péril, Casals reste à Prades au milieu des siens, il craint d’être arrêté par la Gestapo.
En 1943, il commence la composition de son fameux oratorio, El Pessebre, "La crèche", suite de portraits musicaux de paysans catalan, bâtis sur des poèmes de Joan Alavedra, son compagnon à Prades. Cette oeuvre est en fait un message de paix, de liberté et de fraternité. El Pessebre ne sera créé qu’en 1960, à Acapulco au Mexique, devant des centaines d’Espagnols exilés.
A la fin de la guerre, dès 1945, il renoue avec les concerts à Londres d’où il s’adresse, depuis les micros de la BBC, à son peuple catalan qui vit toujours sous la dictature franquiste, puis à Paris, Salle Pleyel. Mais l’attitude de passivité des démocraties vis-à-vis du régime de Franco le dépite, il rentre à Prades et ne joue plus.
De l’autre côté de la Manche, ses amis et ses fervents admirateurs le pressent de venir vivre en Angleterre pour reprendre ses récitals : « En tant qu’artiste ma vie se confond avec mon idéal. Je dois demeurer à Prades, près des miens qui souffrent », expliquera-t-il. Le silence s’abat alors sur sa maison du Val Roc et aucun de ses proches ne peut le convaincre de reprendre son archet jusqu’en 1950…
La création du Festival de Prades en 1950 racontée par Pablo Casals lui-même (extraits)
" A l'origine des Festivals de Prades, se trouvent quelques-uns de mes bons amis américains et en premier lieu Alexander Schneider (…) Ce dernier m'écrivit qu'il venait à Prades. Il venait, décidé à me convaincre de jouer dans son pays. Voyant que mon refus était définitif, il hasarda : "Vous ne pouvez condamner votre art au silence. Puisque vous ne voulez pas quitter Prades, permettriez-vous que nous venions ici, un groupe de musiciens et que nous donnions des concerts avec vous ? L'année prochaine, précisément, on commémorera le deuxième centenaire de la mort de J.-S. Bach et l'occasion serait là tout indiquée". Je réfléchis un moment et je vis que ce qu'on me proposait était compatible avec mon attitude. J'acceptai donc (…) Ce premier Festival de Prades fut dévolu entièrement à J.S. Bach et eu lieu en l'église gothique Saint Pierre de Prades. Les plus grands solistes du moment étaient présents. Ce fut un concert exceptionnel (…) ce fut le premier Festival de Prades ".
Au printemps 1939, Pablo Casals arrive à Prades et prend une chambre au Grand Hôtel. Quand il ouvre sa fenêtre côté sud, il découvre ému son Canigou, la montagne des Catalans, celle qu’il voyait de l’autre côté de la frontière chantée par son cher poète Verdaguer.
Quelque temps après, sa chambre de Prades devient le bureau d’aide aux réfugiés espagnols. Casals les visite aux camps du Boulou, de Rivesaltes, d’Argelès. La vision qu’il en rapporte « tient de l’enfer de Dante » confie-t-il. Casals se démène avec tous ses amis. Pour leur venir en aide, il donne des concerts à travers l’Europe, mais la France entre en guerre et bientôt, c'est la défaite de 1940. Casals veut gagner le Portugal mais à Bordeaux, il n’y a plus de bateau.
Il décide de rentrer et de ne plus bouger de Prades quoi qu’il arrive. Il continue d’aider les réfugiés, donne quelques concerts à Perpignan, à Marseille, à Lyon, à Cannes, à Montpellier, mais refuse de collaborer avec les autorités de Vichy bien que l’armée allemande occupe la zone sud. Il s’installe dans la maison des Salettes, puis Villa Colette et enfin dans la maison des gardiens du Val Roc. Malgré le péril, Casals reste à Prades au milieu des siens, il craint d’être arrêté par la Gestapo.
En 1943, il commence la composition de son fameux oratorio, El Pessebre, "La crèche", suite de portraits musicaux de paysans catalan, bâtis sur des poèmes de Joan Alavedra, son compagnon à Prades. Cette oeuvre est en fait un message de paix, de liberté et de fraternité. El Pessebre ne sera créé qu’en 1960, à Acapulco au Mexique, devant des centaines d’Espagnols exilés.
A la fin de la guerre, dès 1945, il renoue avec les concerts à Londres d’où il s’adresse, depuis les micros de la BBC, à son peuple catalan qui vit toujours sous la dictature franquiste, puis à Paris, Salle Pleyel. Mais l’attitude de passivité des démocraties vis-à-vis du régime de Franco le dépite, il rentre à Prades et ne joue plus.
De l’autre côté de la Manche, ses amis et ses fervents admirateurs le pressent de venir vivre en Angleterre pour reprendre ses récitals : « En tant qu’artiste ma vie se confond avec mon idéal. Je dois demeurer à Prades, près des miens qui souffrent », expliquera-t-il. Le silence s’abat alors sur sa maison du Val Roc et aucun de ses proches ne peut le convaincre de reprendre son archet jusqu’en 1950…
La création du Festival de Prades en 1950 racontée par Pablo Casals lui-même (extraits)
" A l'origine des Festivals de Prades, se trouvent quelques-uns de mes bons amis américains et en premier lieu Alexander Schneider (…) Ce dernier m'écrivit qu'il venait à Prades. Il venait, décidé à me convaincre de jouer dans son pays. Voyant que mon refus était définitif, il hasarda : "Vous ne pouvez condamner votre art au silence. Puisque vous ne voulez pas quitter Prades, permettriez-vous que nous venions ici, un groupe de musiciens et que nous donnions des concerts avec vous ? L'année prochaine, précisément, on commémorera le deuxième centenaire de la mort de J.-S. Bach et l'occasion serait là tout indiquée". Je réfléchis un moment et je vis que ce qu'on me proposait était compatible avec mon attitude. J'acceptai donc (…) Ce premier Festival de Prades fut dévolu entièrement à J.S. Bach et eu lieu en l'église gothique Saint Pierre de Prades. Les plus grands solistes du moment étaient présents. Ce fut un concert exceptionnel (…) ce fut le premier Festival de Prades ".



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